Agroalimentaire au Sénégal : enjeux, opportunités et défis

Crédit photo : Xaume Olleros

En 2015, le CILSS a évalué les pertes sur les céréales au Sénégal à 103.302 tonnes. Soit 30% de la production totale, sur des pertes agricoles globales de l’ordre de 121.326 tonnes. Des chiffres qui alarment les autorités sur l’urgence de la situation. Pourtant, la demande alimentaire devrait exploser dans les prochaines années. Ce qui fait que la réduction des pertes post-récolte reste plus que déterminante. Ces pertes-post récoltes désignent les pertes alimentaires qui sont enregistrées entre la récolte et la consommation. Il faut comprendre par-là, les pertes subies par le produit entre la récolte et son utilisation par le consommateur. Tout ce qui suit découle du gaspillage alimentaire. Par ailleurs, avec des défis alimentaires énormes à relever, l’Afrique ne peut pas se permettre de perdre près de 30 % de ses récoltes par négligence ou manque de technicité.

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Qu’est-ce que l’agroalimentaire ? Quelle place occupe-t-il dans le développement des pays comme le Sénégal ?

Le secteur agroalimentaire est un secteur d’activité correspondant à l’ensemble des entreprises des secteurs primaires (relatif à la production) et secondaires (industrialisation) qui participent à la transformation des produits alimentaires en produits finis. Il est à formellement différencier de l’agro-industrie, qui englobe aussi tous les secteurs parallèles de valorisation des agroressources tels que papiers, bioénergies, cuirs, textiles, huiles essentielles ou encore cosmétiques.

Pour des pays comme le Sénégal, qui ont une balance commerciale déficitaire, nous sommes encore loin du compte. En effet, le Sénégal doit importer au moins 50% de ses besoins céréaliers. Avec comme point de départ une production de base faible, il s’y ajoute la pression démographique galopante. Dès lors, les techniques post-récoltes destinées à prévenir et à réduire les pertes alimentaires revêtent une grande importance. Les actions visant la réduction des pertes après récolte qu’elles soient d’ordre quantitatif, qualitatif ou encore économique apparaissent dans la plupart des politiques agricoles sous des termes clichés tels que « conservation », « valorisation des produits » ou encore « Commercialisation ». Il s’agit d’un secteur de toute première importance si l’on tient compte du volume et de la diversité des productions vivrières même si ce secteur rencontre d’énormes difficultés.

L’agroalimentaire dans des pays comme le Sénégal a un double avantage

L’agroalimentaire dans des pays comme le Sénégal a un double avantage. Il règle le problème des pertes post-récolte mais joue aussi un rôle essentiel dans la diversification des produits sur le marché. Au Sénégal, les plats nationaux sont nombreux mais il y a peu de ménage qui diversifie leur alimentation. Pour améliorer la nutrition des ménages sur le territoire sénégalais, une stratégie de valorisation duConsommer sénégalais s’est réaffirmée. Un accent particulier est mis sur la valorisation des productions agricoles notamment avec la création en 1963 de l’Institut de Technologie Alimentaire (ITA) pour prendre en charge toutes les recherches liées à la valorisation des produits agricoles locaux.

Crédit : PROPARCO

Quel est l’état des lieux et les opportunités offertes par le secteur agroalimentaire ?

Le secteur agroalimentaire fait partie des secteurs les plus dynamiques de l’économie sénégalaise (« État des lieux de l’industrie au Sénégal »). Le secteur industriel sénégalais compterait environ 1270 entreprises avec 49,9% d’industries agroalimentaires (secteur formel). Ce secteur est marqué par une dualité prononcée. Dualité entre un secteur moderne structuré et un secteur constitué d’une multiplicité d’unités formelles et informelles de transformation (surtout Micro-Entreprises de type familial). C’est ce dernier modèle qui prédomine encore. L’essor fulgurant des nouveaux transformateurs et encore mieux transformatrices, de petites et moyennes entreprises et industries, qui visent le marché intérieur permet de répondre en partie à l’explosion de la demande des villes en produits locaux : jus de fruits, légumes, céréales. Pour ce qui en est de la filière prioritaire, celle des céréales, on note une meilleure organisation sur certaines cultures tels que : mil, sorgho, maïs et fonio.

Panorama agro-industriel de l’Afrique

Le secteur agroalimentaire et plus particulièrement la transformation alimentaire des céréales sèches présente, par ailleurs, de nombreuses opportunités parmi lesquelles: la flambée des prix des céréales importées, la disponibilité des superficies cultivables, l’augmentation de la production, la disponibilité en eau (fleuves, lacs), la disponibilité de l’énergie solaire, un marché régional et international important, la pluralité et la diversité des acteurs, la volonté politique de l’Etat affichée pour développer le secteur, la disponibilité de la main d’œuvre.

Quelles sont les enjeux et défis de l’agroalimentaire au Sénégal ?

Le secteur agroalimentaire du Sénégal a beaucoup progressé (Classement du Sénégal de performance compétitive de l’industrie des Nations Unies). Le Sénégal a gagné ainsi 18 places de 2000-2005, remontant du 81ème au 61ème rang en matière de performance industrielle. Mais il n’y a pas vraiment de quoi se réjouir. Le degré de transformation des produits est encore à un point peu satisfaisant. Nombreux sont les facteurs à l’origine de cette stagnation. Ces contraintes peuvent être regroupés en quatre types de défis : défis environnementaux, défis d’investissement, défis commerciaux et défis technologiques.

Quatre défis sont à l’origine du faible niveau de transformation

Les défis environnementaux sont assez simples mais négligés. S’inscrivent dans ce registre, le respect des règles et sécurité sanitaire, le manque de traçabilité des produits et la protection de l’environnement par un traitement des sous-produits, déchets et rejets.

Les défis d’investissement sont en rapport direct avec l’environnement des affaires. En effet, les entreprises agro-alimentaires doivent faire face à des besoins croissants d’investissements. Ces investissements sont d’ordre matériel (acquisition de nouveaux équipements polyvalents et plus performants) et immatériels. Ces entreprises font également souvent face à un capital humain qualifié, et aux coûts élevés de la promotion et la publicité. L’accès au financement est, en outre, un défi de taille et le caractère informel de ce secteur n’améliore pas la situation.

Les défis commerciaux sont les plus immenses à cause de la concurrence, des fois déloyale, des produits importés. Il faudra pour nos industries agroalimentaires, conquérir des marchés émergents et surtout préserver le marché intérieur. Pour cela, il faut des prérequis qui ne sont pas forcément inscrits dans le tableau de bord de nos PME/PMI. Elles doivent mieux prendre en compte les nouvelles exigences du consommateur en matière de sécurité sanitaire et de qualité nutritionnelle. Et augmenter le degré de transformation des produits afin de proposer aux consommateurs des produits à haute valeur ajoutée.

Investir dans l’innovation et la recherche

Les industries agroalimentaires sont des industries qui font beaucoup appel à l’innovation et à la recherche pour renforcer leur compétitivité. Cependant, elles doivent importer souvent l’essentiel de leur équipement. Au petit défaut, les pièces doivent quitter l’Europe créant ainsi des pertes financières énormes pour les petites industries. L’ITA assure le transfert de technologies avec, à son actif, plusieurs acquis considérables. C’est une pièce maîtresse dans le secteur agroalimentaire sénégalais. Le Sénégal a le potentiel pour se lancer et donner satisfaction aux multiples attentes vis-à-vis du secteur agroalimentaire. Pour cela, il est impératif  que tous les acteurs des filières prennent plus à cœur leurs rôles respectifs. Ainsi, les acteurs doivent mieux s’organiser et nouer des partenariats pour arriver à changer radicalement le visage du Sénégal grâce à l’agriculture.

Par l’AgroAnalyste


    1. Solange 7 novembre 2019

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